Enjeux et point sur la situation du jardin des tulipes et de la biodiversité du Guillestrois

Les informations présentées sur cette page sont issues d’un rapport d’activités 2021 pour la Commune de Guillestre (FNADT Rapport d’activités Année 3 – bilan de mars 2019 à février 2022). Il a été rédigé en mars 2022 et décrit les actions engagées ou réalisées jusqu’à fin février 2022 (il reprend et complète les données déjà décrites dans les rapports des années 2019 et 2020).

Vous pouvez accéder directement à une thématique depuis le menu ci-dessous :

Rappels préalables : contexte, enjeux et objectifs du Jardin || Intérêts biologiques et culturels || Les décisions collectives de la protection

Le jardin des tulipes et de la biodiversité du Guillestrois : Où en est-on actuellement ? Voir chaque thématique dans le détail : La situation de départ || Les objectifs définis par un plan d’aménagement du jardin || Les jardins d’architecture formelle || Les jardins naturels || Aménagements complémentaires de la parcelle aval || Aménagement de la parcelle amont || Restauration des anciens ouvrages en pierres maçonnées || Travaux d’entretien du jardin || Suivi et gestion des plantations et des collections botaniques || Suivi et gestion de la station naturelle de la tulipe de Guillestre (conservation in situ) || Valorisation et labellisation du jardin et des collections botaniques || Communication (accueil, information, sensibilisation) || Conclusion

Rappels : contexte, enjeux et objectifs du Jardin

Intérêts biologiques et culturels

Le Jardin des tulipes et de la biodiversité du Guillestrois repose sur un partenariat étroit entre la Commune de Guillestre et l’association la Maison de la Nature du Guillestrois.

Il centré sur un élément fort du patrimoine naturel local, la Tulipe de Guillestre (Tulipa platystigma), unique tulipe endémique des Hautes-Alpes. Outre ses caractéristiques botaniques et biogéographiques remarquables, cette espèce a aussi une valeur emblématique exceptionnelle en raison de son histoire très intimement liée à celle des sociétés rurales alpines.

Espèce très rare, protégée au niveau national, la Tulipe de Guillestre est inscrite sur la liste prioritaire du Livre Rouge National de la flore menacée (Muséum National d’Histoire Naturelle). Décrite en 1855, non revue pendant plus d’un siècle, retrouvée en 1991, elle ne subsiste aujourd’hui à l’état sauvage que dans une seule station naturelle (sur la commune de Guillestre, inscrit sur la liste prioritaire du Schéma départemental des Espaces Naturels Sensibles des Hautes-Alpes).

Les effectifs sont très faibles et en diminution constante.

Les décisions collectives de la protection

Conventions, partenariats et projets

En 1997, face aux menaces actives et aux risques de disparition de cette unique station, la Commune de Guillestre a mis à la disposition de la Maison de la Nature un bâtiment et des terrains sur lesquels l’Association a créé un jardin botanique conservatoire dédié à la tulipe de Guillestre, aux tulipes sauvages et à la biodiversité du Guillestrois en général.

La même année, le Conservatoire Botanique National Alpin (CBNA) et la Maison de la Nature ont signé une convention relative à l’installation et la gestion d’une collection de tulipes sauvages dans le jardin de Guillestre.

Cette convention précise les modalités techniques de mise à disposition, de multiplication et d’entretien des bulbes des différentes espèces de néotulipes alpines (Tulipe de Guillestre et Tulipes de Savoie).

Ces partenariats et les résultats obtenus pour préserver, développer et faire connaître ces espèces de la flore patrimoniale alpine ont conduit la Commune de Guillestre et la Maison de la Nature à mettre sur pied un projet ambitieux intitulé développement du jardin des tulipes et de la biodiversité du Guillestrois.

Le 26 septembre 2017, la Commune s’est engagée porter et à financer le projet sur 3 ans (2019 à 2022) et à solliciter les subventions des co-financeurs : Europe, État, Région Sud-PACA.

En janvier 2019 une autre convention de partenariat entre la Commune et la Maison de la Nature précise les modalités de coopération et prévoit des actions à mener ensemble pour assurer sa pérennisation sur le long terme : l’objectif est d’en faire un véritable atout sur les plans de la biodiversité, touristique et économique.

Ce projet s’articule jusqu’à l’année 2022 autour de 4 actions :

  1. Aménagement du jardin : réalisation d’un plan global d’aménagement du jardin, de travaux sur les différentes parcelles et la restauration d’anciens ouvrages en pierres.
  2. Gestion conservatoire du jardin et des collections botaniques : travaux d’entretien du jardin, Suivi et gestion des plantations et des collections botaniques (espèces rares, protégées) et de la tulipe de Guillestre, valorisation et labellisation du jardin et des collections botaniques.
  3. Valorisation et labellisation du jardin et des collections botaniques : développement d’un réseau scientifique et d’un réseau de parrainage, diffusion-échange de matériel végétal, dossier de labellisation Conservatoire des Collections Végétales Spécialisées (CCVS) et dossier de labellisation Jardin remarquable.
  4. Communication (accueil, information, sensibilisation) : recherche bibliographique sur l’histoire du site du jardin et celle des tulipes, visites guidées du jardin, cycle de conférences, création de supports de communication.

Le jardin des tulipes et de la biodiversité du Guillestrois : Où en est-on actuellement ?

La situation de départ

Le jardin s’étend sur un terrain en pente d’environ 2500 m², étagé entre 990m et 1017m d’altitude. Il a été créé à partir de 1997 sur la parcelle aval (terrasse d’environ 400m², soutenue par un mur en pierres maçonnées de 4m de haut en partie basse, et bordée par un mur également en pierres maçonnées de 3m à 4m de haut en partie haute).

Il a fait l’objet d’un premier plan de réaménagement entre 2013 et 2018 avec pour objectifs la conservation et la multiplication d’espèces botaniques patrimoniales, et la réalisation d’aménagements paysagers propices à l’accueil du public et à la découverte de la biodiversité du Guillestrois.

Les objectifs définis par un plan d’aménagement du jardin

Le plan global d’aménagement paysager s’appuie sur une scénographie originale mettant en relation :

  • l’histoire du site (ancien château de Guillestre, successivement carrefour et frontière au cours des siècles);
  • ses caractéristiques environnementales (au cœur du steppique durancien et queyrassin);
  • et l’histoire des tulipes sauvages, car contrairement aux idées reçues les ancêtres des tulipes alpines ont été importés au 16ème siècle depuis les régions steppiques du Moyen-Orient, d’Asie mineure et d’Asie centrale.

Le traitement paysager privilégie la création d’ambiances végétales diversifiées intégrées au site (milieux secs ou humides, ensoleillés ou ombragés), tout en s’inspirant de pratiques mises en œuvre dans les jardins d’Orient, en bénéficiant des possibilités offertes par la topographie locale : la présence de l’eau, de zones rocheuses et d’une butte steppique.

L’intégration du grand paysage est également recherchée dans les partis d’aménagement : ouverture visuelle avec succession de plans thématiques cohérents, depuis le jardin au premier plan, les plateaux steppiques de Guillestre et de Mont-Dauphin au second plan, les hauts sommets des Écrins et du Queyras à l’arrière plan.

Le plan prévoit une organisation du site en une dizaine d’unités :

  • les deux premières unités présentent une architecture de type formel qui renvoie symboliquement à l’histoire du château aujourd’hui disparu mais évoque aussi les jardins d’Orient de tradition persane ou arabo-musulmane, vaste région de steppes d’où sont originaires la très grande majorité des tulipes sauvages.
  • Les six unités suivantes sont conçues autour d’ensembles naturels représentatifs de la biodiversité du Guillestrois, depuis les pelouses sèches et rocailleuses d’affinité steppique bien représentées dans la partie supérieure du site, jusqu’aux milieux humides localisés en fond de thalweg, en passant par les prairies mésophiles et les espaces boisés ou arborés présents sur les versants et les pentes modérées.
  • Les deux dernières unités correspondent aux espaces techniques nécessaires à l’accueil des visiteurs et à l’entretien du jardin (aire de stockage, plate-forme de compostage, etc.).

La recherche de cheminements accessibles au plus grand nombre est aussi un objectif prioritaire de l’aménagement : plusieurs rampes à faible pente permettent de relier les différents paliers et d’accéder aux différents espaces de découverte et de détente proposés dans le jardin. Quelques escaliers sont également créés dans les secteurs plus pentus, en privilégiant des lignes et une architecture associant le bois et la pierre de façon à s’intégrer dans le paysage local.

Les jardins d’architecture formelle

  • Le jardin botanique conservatoire des tulipes sauvages est localisé sur la terrasse aval, c’est le jardin clos, étroitement lié au colombier et à l’histoire du château médiéval. C’est à ce niveau qu’ont été implantés et multipliés à partir de 1997 les premiers bulbes des néotulipes alpines fournis par le CBNA, collection complétée dans les années 2010 par les tulipes botaniques orientales. Des aménagements et équipements complémentaires ont été réalisés depuis 2019 : modification ou création de nouvelles planches de culture, calades et allées gravillonnées, bassins et fontaines, zones de détente avec bancs, etc.
  • L’école botanique du steppique durancien et queyrassin : c’est un projet conçu sous la forme d’un théâtre de verdure, entièrement consacré à la présentation de la flore des milieux steppiques. Implanté sur la terrasse médiane de la parcelle amont, il permet la restauration et la création de plusieurs ouvrages en pierres sèches dont certains sont associées à une ossature en bois (rondins et planches de mélèze). Mise en place d’un réseau de drainage collectant les eaux souterraines réutilisées en partie aval du site, débroussaillage, restauration des murs de soutènement en pierres sèches, construction des gradins, des escaliers et des nouveaux ouvrages en pierres et bois.

Les jardins naturels

Dans ces secteurs, les aménagements sont limités à quelques équipements linéaires (allées, sentiers) ou ponctuels (zones de détente avec bancs, petits ouvrages en pierres sèches, petits jardins minéraux créés in situ pour mettre en scène certains éléments spécifiques de la flore des milieux steppiques). La végétation naturelle est conservée, mais entretenue de façon à éviter l’embroussaillement. Des transplantations sont possibles, pour déplacer certaines plantes dans les micro-biotopes les plus favorables, ou pour favoriser la diversification de la flore par ensemencement, bouturage ou marcottage. Les milieux naturels concernés sont les suivants :

  • les milieux steppiques : localisés en partie haute du site, ils sont constitués d’une pelouse sèche steppique sur la pente sommitale, et d’une lande rocailleuse sur les versants plus pentus. Outre leur intérêt floristique, ces milieux constituent aussi des biotopes favorables à la faune (reptiles, oiseaux, insectes, etc.). La vue depuis le sommet du jardin s’étend jusqu’aux cimes enneigées du massif des Ecrins.
  • les prairies mésophiles : localisées sur les pentes intermédiaires à l’amont du théâtre de verdure de l’école botanique, ces formations herbacées sont implantées sur d’anciennes terres labourées. Des plantations d’espèces exogènes réalisées il y a plusieurs dizaines d’années ont enrichi la flore locale (en particulier plusieurs espèces d’Iris botaniques, dont l’Iris de Sibérie, ainsi que l’Iris orientalis originaire des Balkans). La présence d’un canal d’irrigation à l’amont du jardin s’accompagne aussi d’une circulation d’eau à faible profondeur qui a ponctuellement favorisé le développement d’une végétation hygrophile (roseau, iris faux-acore, massette), mais qui a aussi contribué à déstabiliser les ouvrages de soutènement en pierres qui ont fini par s’ébouler.
  • le parc arboré : il s’agit soit de milieux boisés à base de feuillus (frêne, peuplier noir, érable plane, érable champêtre, merisier, etc.) qui ont été partiellement ré-ouverts en 2019 afin d’améliorer
    l’ensoleillement de la partie aval du site, soit de milieux anciennement herbacés (prairies, pelouses,
    cultures) qui ont été partiellement boisés à la fin du XIXème et dans la première moitié du XXème siècle
    (probablement en lien avec les reboisements effectués par le RTM dans le vallon du Chagne) en essences résineuses locales (mélèze, épicéa) ou exogènes (pin noir, thuya). A noter également la présence d’un arbre remarquable, Metasequoia glyptostroboïdes, espèce découverte en Chine dans les années 1940, endémique du Sichouan, introduite dans les années 1950 dans le site du jardin de Guillestre, probablement à partir de plantules provenant du jardin des plantes du Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris. Ce Metasequoia est aujourd’hui l’arbre le plus grand du jardin, et constitue à ce titre un enjeu important de l’aménagement paysager du site. Parmi les autres essences d’arbres présentes dans l’environnement du jardin et qui participent à son équilibre écologique et paysager, figurent aussi le tilleul à feuilles cordées, le bouleau, le cormier ou sorbier domestique, ainsi que l’alisier blanc, l’aubépine, etc.
  • les milieux boisés : il s’agit ici d’espaces forestiers typiques, dominés par une strate arborescente
    continue où l’on retrouve le frêne, les peupliers, les érables, le merisier, plusieurs espèces de saules, ainsi que de nombreux buissons et arbustes (cornouiller sanguin, troène, divers églantiers) et plusieurs lianes (lierre, clématite vigne blanche). Ces milieux jouent un rôle important pour de nombreux animaux (oiseaux, insectes, etc.).
  • les milieux humides : la topographie du versant et la présence d’un canal d’irrigation parcourant le
    plateau situé à l’amont du jardin sont des facteurs de diversification des conditions écologiques locales. La présence d’eau est un élément particulièrement intéressant à prendre en compte dans l’aménagement paysager du jardin. La forte teneur minérale de l’eau favorise les dépôts calcaires et la formations de belles concrétions qui évoluent sous l’effet de la végétation hygrophile qui s’y développe (en particulier de nombreuses bryophytes) pour aboutir à de véritables formations de tuf. Cette dynamique hydrogéologique n’est pas sans rappeler celle observée dans deux autres sites naturels remarquables du Guillestrois : le Plan de Phazy et la Fontaine pétrifiante de Réotier. Afin de favoriser cette évolution naturelle, le projet global d’aménagement du jardin intègre donc la création d’ouvrages spécifiques (cascades, bassins, ruisseaux sur lit rocheux, etc.) qui participeront aussi à l’attractivité du site.

Aménagements complémentaires de la parcelle aval

Les travaux d’aménagement réalisés entre 2019 et 2021 sur la parcelle aval (jardin conservatoire des tulipes) comprennent la création de plusieurs rocailles et de nouvelles planches de culture. Les principes constructifs restent basés sur l’utilisation de matériaux naturels locaux (ouvrages en mélèze et pierres sèches).

Ces travaux intègrent aussi des opérations de débroussaillage (les rémanents sont broyés puis compostés, et constituent l’unique amendement effectué dans le jardin), des terrassements (avec tri de la terre végétale, les matériaux pierreux étant réutilisés pour l’aménagement des allées et la constitution des drains et des ouvrages en pierres sèches), ainsi que l’aménagement des allées et des zones d’accueil des visiteurs. Ces travaux vont se poursuivre durant l’année 2022.

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Aménagement de la parcelle amont

Le plan d’aménagement prévoit plusieurs travaux. Les suivants ont été réalisés entre 2019 et 2021 :

  • bûcheronnage : réalisés principalement à l’automne et en début d’hiver, ils ont permis d’une part d’enlever les nombreux arbres et branches mortes qui présentaient un risque de chute sur le site, d’autre part d’éclaircir le couvert arborescent afin d’améliorer l’ensoleillement des strates végétales herbacées, en particulier au niveau des zones de culture des bulbes. Une cinquantaine d’arbres ont ainsi été coupés ou élagués, les troncs étant temporairement stockés dans la zone technique à l’aval du site afin d’être réutilisés pour la création des plates-formes nécessaires au chantier.
  • fauche et débroussaillage : effectués deux fois au cours de la saison (au printemps et à l’automne) afin d’assurer un meilleur contrôle du développement de la végétation au niveau des zones de chantier. Les rémanents sont broyés puis compostés avant d’être réutilisés comme amendement dans les cultures du jardin.
  • terrassement (réalisés en 2020 et 2021) : la topographie accidentée du site et les difficultés d’accès n’ont permis qu’un usage restreint des engins de chantier motorisés (mini-pelle, brouette à chenille, treuil). Le manque de place a nécessité des rotations fréquentes dans la gestion des stocks et des reprises successives des matériaux entreposés dans les aires de chantier avant leur utilisation définitive. Pour les mêmes raisons, ces opérations ont le plus souvent été réalisées manuellement.
  • hydrauliques : le site d’extension du jardin est parcouru par les eaux d’infiltration d’un canal d’irrigation situé à l’amont du site. Ces écoulements sont en grande partie responsables de l’effondrement des anciens murs de soutènement en pierre présents sur la parcelle amont. Un suivi hydrologique et piézométrique effectué à partir de mars 2021 a permis de modéliser le fonctionnement hydraulique, afin de concevoir et mettre en place différents ouvrages permettant de résoudre les problèmes d’engorgement tout en valorisant la présence de l’eau dans l’aménagement global du jardin. Les eaux de drainage sont ainsi récupérées pour alimenter les différents ouvrages prévus en partie basse du site (jardin humide).
  • restauration et reconstruction des murs en pierres sèches : les trois anciens murs en pierres sèches du site d’extension du jardin ont été reconstruits en 2021, et deux nouveaux murs de soutènement ont été créés selon les mêmes principes constructifs. Ces ouvrages en pierres, associés à des ouvrages en bois (mélèze des Alpes), ont été complétés au printemps 2022 pour créer les différents massifs réservés aux nouvelles plantations qui étaient prévues à partir de l’automne 2022.

Restauration des anciens ouvrages en pierres maçonnées

Il a été effectué un pré-diagnostic des ouvrages en maçonnerie existants, dont certaines parties doivent être restaurées ou renforcées (mur d’enceinte et murs de soutènement de la terrasse aval).

Une première tranche de travaux prioritaires a été engagée en 2022, puis des opérations d’entretien annuel seront programmés les années suivantes.

Photos ci-dessous : cliquez pour agrandir.

Vue générale parcelle amont Jardin

Travaux d’entretien du jardin

Entretien des ouvrages, des équipements et des plantes cultivées dans le jardin ; outre les collections botaniques de tulipes sauvages, ces travaux concernent aussi d’autres plantes bulbeuses présentes dans le jardin (lys, narcisses, iris, crocus, etc.), des roses anciennes du groupe gallica (dont la Rose des apothicaires et la Rose de Damas qui sont les variétés de roses les plus anciennes connues, originaires du Moyen Orient, introduites en Europe occidentale entre les XIIIème et XVIème siècles), ainsi que d’autres espèces d’arbres et arbustes présents dans le jardin (notamment plusieurs mûriers blancs – Morus alba -, probablement introduits au XIXème siècle pour l’élevage du Bombyx du mûrier ou ver à soie). Les travaux d’entretien visent aussi à optimiser le site pour l’accueil d’une biodiversité floristique et faunistique représentative du Guillestrois (fabrication de nichoirs, mangeoires, hôtels à insectes, etc.).

Suivi et gestion des plantations et des collections botaniques

Les travaux d’aménagement effectués sur la parcelle aval du jardin ont permit de présenter les plantes dans des compartiments de différentes tailles et niveaux pour profiter au mieux de l’ensoleillement et offrir une mosaïque florale esthétique.

La gestion, le suivi et l’entretien des cultures conservatoires de tulipes sauvages représente en fait un ensemble d’opérations incluant : désherbage et sarclage des planches de culture, veille phytosanitaires et suivi phénologique annuel, multiplication horticole de plantes saines
(travaux sur les bulbes – arrachage, nettoyage, tri, calibrage, stockage en été et plantation à
l’automne).

Toutes ces opérations nécessitent une attention constante, beaucoup de rigueur et de régularité pour éviter les contaminations accidentelles d’agents pathogènes, risque particulièrement marqué du fait de la densité des plantations, ainsi que les mélanges de plantes appartenant à des groupes taxonomiques voisins et pouvant facilement s’hybrider et se disséminer en l’absence de mesures de précaution adaptées.

Il convient de souligner le bilan positif obtenu depuis 1997. Le nombre total de fleurs des différentes espèces de tulipes cultivées dans le jardin botanique est de 8568 en 2019, 9095 en 2020 et 9207 en 2021. On relève en particulier (année 2021):

  • 66% de néo-tulipes endémiques des Alpes, comprenant la tulipe de Guillestre (50%, Tulipa
    platystigma) et les tulipes de Savoie (16%, Tulipa aximensis, T. billietiana, T. didieri, T. marjolettii, T. mauriana, T. rubidusa, ainsi qu’un taxon encore non décrit) ;
  • 33% de tulipes botaniques d’Europe orientales, du Moyen Orient, d’Asie mineure et d’Asie centrale (39 taxons dont 26 espèces et 13 variétés ou cultivars ; ces tulipes comprennent certains ancêtres sauvages des néotulipes alpines apparues suite à des hybridations réalisées après leur introduction en Europe occidentale au XVIe siècle) ;
  • 1% de tulipes hybrides (6 taxons issus d’hybridations entre néotulipes alpines) et de variétés anciennes (une dizaine de taxons déjà présents dans le jardin avant 1997).

Le suivi phénologique annuel réalisé depuis 2015 met en évidence la variabilité des dates de début et de fin de floraison de chaque espèce et catégorie d’espèces. Cette variabilité s’observe surtout en début de saison. Les tulipes botaniques orientales sont toujours les plus précoces, mais avec un décalage pouvant atteindre un mois en début de floraison (le 29 mars en 2015, le 1er mars en 2020). Les néotulipes alpines commencent à fleurir vers mi-avril (mais dès le 8 avril en 2020), la floraison des différentes espèces se succédant jusqu’en deuxième quinzaine de mai, la fin de floraison se produisant avec l’arrivée de premières fortes chaleurs.

Les soins aux tulipes ont nécessité beaucoup de temps, d’énergie et de rigueur. En raison de la forte densité des cultures, les néotulipes endémiques des Alpes présentent une sensibilité accrue aux maladies virales et cryptogamiques. En 2017, 23% des fleurs présentaient des symptômes pathologiques liés au virus de la panachure de la tulipe, le taux de virose était de 20% en 2018, de 12% en 2019, de 10% en 2020 et 2021. Les bulbes des plantes virosées sont systématiquement arrachés et détruits, ce qui permet de limiter la propagation de la maladie, mais il n’existe pas actuellement de traitement pouvant totalement l’éradiquer. Le virus semble pouvoir être dénaturé à des températures d’environ 60°C, mais des essais de thermothérapie réalisés dans le jardin en 2019 selon différentes protocoles expérimentaux ont montré que les bulbes des néotulipes ne résistent pas à des températures de plus de 45°C. De nouveaux essais de thermothérapie par solarisation ont été réalisés en 2020 et 2021, et seront poursuivis en 2022.

La progression du virus est rapide. Dans une culture de Tulipa platystigma réalisée à titre expérimental depuis 2012 , la première floraison n’a révélé aucune plante malade alors que le taux de virose dépassait déjà 50% la quatrième année, et atteignait les 100% la sixième année nécessitant alors l’arrachage et la destruction complète des plantes. Un nouvel essai a été engagé sur le même site entre 2019 et 2022.

A noter également que les tulipes botaniques semblent beaucoup plus résistantes aux maladies virales et cryptogamiques que les néotulipes alpines.

Une vigilance continue est donc nécessaire pour éviter une contamination généralisée de la collection botanique. Cette vigilance porte également sur le site naturel hébergeant encore l’espèce.

L’année 2019 a également été consacrée à un renouvellement complet des plantations des tulipes dont certaines étaient en place depuis plus de trois ans. Ce renouvellement a pour objectif d’une part d’éliminer les plantes malformées, chétives ou malades, d’autre part de séparer et trier les bulbes de façon à optimiser les conditions de culture en espaçant suffisamment les plantes dans les parcelles.

L’arrachage des plantes malades est effectué pendant la floraison (les symptômes de la contamination n’étant nettement visibles que sur la fleur), ce qui nécessite beaucoup de précautions pour éviter les transmissions accidentelles du virus lors des différentes manipulations (stérilisation systématique de tous les outils et équipements, destruction des bulbes et des plantes arrachées par immersion dans des bains d’eau à 100°C pendant 30mn, etc.).La période d’arrachage des plantes saines commence au début de l’entrée en repos végétatif des bulbes, à partir de mi-juin pour les tulipes botaniques, puis durant tout le mois de juillet pour les néotulipes alpines. Les bulbes arrachés sont nettoyés, séchés, séparés, calibrés et stockés au sec et à l’obscurité jusqu’à la phase de tri précédant les plantations automnales (ne sont replantés que les bulbes sains ou ayant donné des fleurs saines au printemps précédent, et qui sont de calibre potentiellement florifères).

Un nouveau cycle d’arrachage, tri et replantation des bulbes est programmé pour la période 2022-2024.

Suivi et gestion de la station naturelle de la tulipe de Guillestre (conservation in situ)

Le contexte local

Décrite en 1855 par le botaniste Jordan, indiquée « dans les prés aux alentours de Guillestre », Tulipa platystigma n’a pas été revue pendant un siècle, au point d’être considérée comme éteinte par les scientifiques à la fin des années 1980. A l’occasion de prospections ciblées sur les néotulipes alpines,
l’espèce a finalement été retrouvée en 1991 sur la commune de Guillestre, dans une prairie de fauche où ne subsiste qu’une petite population à très faible effectif. Suite à cette redécouverte, une démarche de conservation ex situ a tout d’abord été engagée par le Conservatoire Botanique National Alpin (CBNA), en partenariat avec plusieurs jardins botaniques (Lyon, Genève, et à partir de 1997 avec la Maison de la Nature à Guillestre). Une action conservatoire in situ, c’est-à-dire de la station elle-même, a été la suite logique de la démarche de conservation engagée.

A partir de 2001, la station de Tulipe de Guillestre a fait l’objet d’un suivi par le Conservatoire d’Espaces Naturels de Provence-Alpes-Côte d’Azur (CEN-PACA), sur la base d’un protocole élaboré avec le CBNA. Un plan de gestion du site a été réalisé en 2003. Depuis 2017, le suivi est assuré par la Maison de la Nature de Guillestre.

Etant données l’écologie et les menaces pesant sur ce taxon et au regard des expériences menées en Savoie sur les autres néotulipes alpines, il apparaît que les actions de conservation in situ doivent tenir compte :

    • de la nécessaire implication des acteurs locaux (communes, propriétaires, agriculteurs, population locale et touristique) pour une appropriation de la démarche;
    • du contexte historique afin de mieux comprendre l’écologie de l’espèce;
    • du contexte local afin que les modes de gestion et de préservation proposées ne soient, autant que possible, pas déconnectés des pratiques agricoles actuelles ;
    • la nécessité de mettre en place un suivi démographique sur le long terme permettant de mieux appréhender l’évolution de la population et envisager éventuellement des mesures adaptées (expérimentation de modes de gestion, renforcement des effectifs…).

L’étude des registres cadastraux et les recherches historiques sur les pratiques agropastorales indiquent que la parcelle a toujours été en pré depuis le début du XIXe siècle. En 1884 (soit près d’une trentaine d’années après la découverte par Jordan), le botaniste Ravaud signale la tulipe également à Guillestre parmi les pelouses. Les propriétaires actuels confirment que la parcelle n’a sans doute pas subi de changement de culture au cours du XXe siècle car leurs parents l’utilisaient déjà comme pré de fauche. Les pratiques ont relativement peu évolué : deux coupes d’herbe (1ère fauche début juillet et 2eme coupe en septembre), et irrigation d’abord par canaux puis, à partir de 2002, par aspersion (le passage à l’irrigation par aspersion a été motivé par plusieurs facteurs dont l’entretien de plus en plus limité des canaux aboutissant alors à une distribution difficile).

Le suivi démographique de la station de Tulipa platystigma

Une première évaluation des effectifs a été faite lors de la redécouverte de l’espèce en 1992, sur la base d’un comptage des hampes florales. La première évaluation précise du nombre de plants a été réalisée en 1994 ; cette donnée est accessible en comptant les feuilles (un bulbe ne produit qu’une seule feuille lorsqu’il ne fleurit pas, ou une hampe florale accompagnée de deux ou trois feuilles lorsqu’il fleurit). Un plan précis de la station a également été levé, ce qui permet de retrouver d’une année sur l’autre les touffes de Tulipes présentes.

Malgré l’irrégularité des comptages et l’absence de protocole de suivi standardisé durant les premières années, on note une évolution très nette à partir de 2004-2005 :

      • le nombre total de plants (= bulbes végétatifs + bulbes fleuris) est passé de 272 en 1994 à environ 70 en 2019, avec un effondrement très marqué au cours de la période 2005-2010.
      • le nombre de bulbes fleuris (= fleurs) est passé d’un maximum de 40 en 1998 à moins de 10 depuis 2006 (aucune fleur observée en 2008 et 2014).

Les facteurs explicatifs de cette évolution marquée par une perte de plus de 70% des effectifs sont probablement multiples :

      • biologiques : l’espèce fleurit peu en conditions naturelles (0 à 15% de l’effectif total des bulbes observés fleurissent chaque année dans la prairie), ce qui est très différent du taux de floraison relevé en jardin (souvent supérieur à 50%).
      • agronomiques : le passage à l’irrigation par aspersion à partir de 2002 a progressivement modifié l’écologie des prairies du site. L’humidité plus élevée et plus régulière du sol favorise le développement des Poacées qui constituent un couvert plus haut et plus dense au détriment des espèces florales liées aux prairies sèches (c’est le cas de nombreuses plantes à bulbes comme les tulipes ou les narcisses qui régressent aussi, les bulbes étant par ailleurs sensibles aux maladies cryptogamiques favorisées par l’humidité du sol). Cette évolution peut être d’autant plus marquée qu’elle s’accompagne d’un accroissement du taux d’azote dans le sol (l’apport de fumier peu décomposé étant aussi préjudiciable aux plantes à bulbes).
      • naturels : destruction par la faune sauvage : sangliers, mais surtout les campagnols dont les populations ont aussi fortement progressé ces dernières années (cet impact est d’autant plus dommageable que les effectifs des plantes menacées sont faibles).
      • anthropiques : cueillette des fleurs et/ou arrachage des bulbes. Ces pratiques ont probablement joué un rôle important à la fin des années 1990 et au début des années 2000, la redécouverte de la plante ayant suscité beaucoup de convoitise et parfois de vandalisme. Les actions d’information et de sensibilisation ont permis de réduire ces risques au cours des dernières années, mais elles sont à renouveler chaque printemps (c’est l’un des objectifs du jardin des tulipes de Guillestre où les plantes peuvent être présentées au public sans attirer l’attention sur la station naturelle; à noter qu’en 2020, alors que ces actions de sensibilisation n’ont pu être menées du fait du confinement lié à l’épidémie COVID 19, de nouvelles cueillettes sauvages ont malheureusement eu lieu, 7 des 9 fleurs repérées cette année dans la station naturelle ayant été prélevées.

Conclusion : quelles perspectives pour la station naturelle (site ENS) ?

La gestion conservatoire in situ est l’objectif principal de conservation des néotulipes alpines et en particulier de la tulipe de Guillestre sur la station naturelle. Avant de procéder à un éventuel renforcement de population à partir de bulbes issus de multiplication végétative en jardin botanique, il est nécessaire de s’assurer qu’aucune plante porteuse de maladie virale (ou cryptogamique) ne puisse être mise en contact avec les ultimes exemplaires de tulipes subsistant dans la station naturelle. Il est également essentiel que les facteurs responsables du déclin de la station botanique soient bien pris en compte avant d’intervenir sur les plantes elles-mêmes.

Plusieurs actions complémentaires sont envisageables :

      • Repérage et élimination systématique des plantes contaminées cultivées en jardin botanique : cette méthode, mise en œuvre dès l’origine du jardin des tulipes en 1997, permet de contrôler la contamination sans pour autant parvenir à éradiquer la maladie dans les plantations (le repérage des plantes malades et leur arrachage ne pouvant se faire qu’à la floraison, il subsiste dans le sol une partie des plateaux racinaires des anciens bulbes virosés qui, du fait de la densité des cultures, ne peuvent être enlevés au moment de l’arrachage sans risquer de blesser les plantes saines voisines, avec donc un risque de contamination toujours présent en fin de cycle végétatif).
      • Traitement phytosanitaire : on ne connaît pas actuellement de produits efficaces (et compatibles avec les méthodes de culture biologique) pour luter contre le virus de la tulipe. Des solutions technologiques sont possibles, soit par micro-propagation in vitro, soit par pollinisation contrôlée (les cellules méristématiques et les cellules sexuelles restant indemnes de virus), mais elles nécessitent des techniques de laboratoire coûteuses et beaucoup de temps (5 à 7 ans pour obtenir une plante capable de fleurir, durée pendant laquelle les jeunes plantes peuvent être de nouveau exposées à des risques de contamination). Le virus étant sensible à la chaleur (détruit à plus de 60°C), un traitement par thermothérapie reste possible, sous réserve d’une tolérance suffisante des bulbes aux températures élevées. Les premiers essais, effectués entre 2019 et 2021, ont montré que les bulbes des néotulipes alpines ne résistaient pas à des traitements thermiques supérieurs à 45°C, température trop faible pour dénaturer le virus. Une adaptation du protocole expérimental serait envisageable en couplant notamment plusieurs solutions, mais ces travaux seraient à mener en partenariat avec des centres de recherches scientifiques disposant des moyens humains et techniques appropriés. Cette réflexion sera poursuivie en 2022 dans le cadre du réseau de parrainage scientifique.
      • Mise en quarantaine temporaire : il s’agit dans ce cas d’isoler des plantes (éventuellement après une thermothérapie), à l’écart de sources de contamination virale, et de les suivre durant 2 ou 3 ans (durée pendant laquelle les bulbes continuent à se multiplier) avant de procéder à une transplantation in situ. Cette solution est en cours d’expérimentation depuis 2016 sur une prairie naturelle à Guillestre.
      • Restructuration in situ de la population de Tulipa platystigma : dans ce cas aucune introduction de bulbes n’est effectuée. En effet, les 70 bulbes restant dans la station naturelle sont actuellement très inégalement répartis ; environ cinquante bulbes sont présents au sein même de la prairie, répartis en trois secteurs où ils parviennent encore à fleurir certaines années (rappel : aucun cas de virose observé à ce jour). Les trente autres bulbes sont localisés dans une haie en bordure de la prairie ; étant sous un couvert arborescent dense, ils ne se maintiennent que par multiplication végétative et ne parviennent pas à fleurir. Quelques uns de ces bulbes pourraient être prélevés (les marquages ont été faits en 2019) et déplacés dans un secteur de la prairie écologiquement plus favorable. Afin de réduire d’éventuels risques de contamination accidentelle, une mise en quarantaine à l’écart des trois zones où des plantes saines sont déjà présentes sera nécessaire. Cette opération sera reconduite en 2022, le prélèvement des bulbes et leur transplantation dans la prairie ayant été effectués le même jour (sans transfert des bulbes en dehors du site naturel et après désinfection préalable de tout le matériel utilisé pour l’opération).
      • Introduction de Tulipa platystigma dans de nouveaux sites naturels du Guillestrois : cette solution nécessite de disposer de parcelles favorables aux tulipes au niveau écologique et agronomique, et sur lesquelles pourront être mis en place un suivi et une gestion expérimentale adaptés. Les tulipes sauvages étant protégées par arrêté ministériel, cette opération doit être conduite avec les autorisations administratives nécessaires, et en partenariat avec les propriétaires et les agriculteurs concernés. A ce jour, les contraintes foncières n’ont pas permis de trouver un site adapté. Les prospections seront poursuivies en 2022, afin de pouvoir déposer les dossiers de demande d’autorisation et procéder aux opérations techniques de transplantation.

Valorisation et labellisation du jardin et des collections botaniques

Réseau de partenariat et de parrainage

L’année 2019 a permis de renforcer le partenariat entre la Commune de Guillestre et la Maison de la Nature des Hautes-Alpes (devenue Maison de la Nature du Guillestrois lors de son Assemblée Générale Extraordinaire du 7 décembre 2019). Une convention de partenariat entre la Commune et l’Association, signée le 21 janvier 2019, doit permettre de mettre en œuvre le projet désormais piloté par la Commune et de travailler ensemble à sa pérennisation sur le long terme. Cette convention s’organise autour de 3 axes principaux :

Axe 1 – Partager et transmettre le savoir de la Maison de la Nature

Depuis 22 ans, la Maison de la Nature est spécialement missionnée par le CBNA, Conservatoire Botanique National Alpin, pour sauvegarder les collections de néotulipes endémiques des Alpes. Elle a embauché de mai 2014 à mars 2019 un salarié spécialisé (Philippe Gillot), botaniste, Écologue, spécialisé en faune et flore alpine. En novembre 2018, la Commune a décidé de créer un poste de chargé de mission contractuel au sein de la mairie de Guillestre pour mener à bien le projet de développement du jardin des tulipes et de la biodiversité du Guillestrois (et donc durant 3 années, jusqu’en 2022).

L’Écologue est ainsi amené à travailler en collaboration avec l’équipe des services techniques municipaux, ce qui a permit une sensibilisation des agents communaux et une diffusion de connaissances.

Le Jardin peut également être le support d’actions de formation (par exemple, accueil de stagiaires en formation universitaire, organisation de stages de formation professionnelle ou de chantiers-écoles, accueil d’apprentis en formation par alternance, etc.). Ces actions sont là encore un moyen de diffusion des connaissances voire un moyen d’envisager un passage de relais.

Axe 2 – Installer une structure gestionnaire durable

La Commune et l’Association s’engagent, dans la convention de partenariat qui les lie, à préparer ensemble la gestion future du jardin à l’issue du programme triennal en 2022. Les réflexions menées durant cette période doivent permettre la mise en place d’une organisation dédiée à l’entretien et la valorisation durables du site et des collections botaniques. Le choix du mode d’organisation appropriée s’appuiera notamment sur les expériences de partenariats développés dans d’autres sites similaires.

Ainsi, l’association actuelle pourra être amenée à évoluer dans ses objectifs (une première étape a consisté à modifier les statuts et le nom de l’association devenu Maison de la Nature du Guillestrois lors de l’AG extraordinaire du 7 décembre 2019), mais aussi sa forme juridique : coopérative, société d’intérêt collectif, structure semi-publique… Tout reste à construire.

En tout cas, il est certain que cela passera par une mobilisation autour du projet afin de trouver des énergies, des personnes nouvelles souhaitant s’investir. Le champ d’action de la future structure gestionnaire sera plus large que la tulipe de Guillestre et intègrera des actions autour de la biodiversité en général.

Axe 3 – Générer des recettes

Le projet, par l’échange en réseau qu’il engendrera, permettra de tirer profit d’expériences similaires et sans doute reproductibles sur Guillestre.

L’axe premier sera le développement d’un tourisme scientifique ciblé en direction d’universités, de laboratoires de recherche publics ou privés, de musées et de muséums d’histoire naturelle, de botanistes professionnels ou amateurs, etc. Des actions de formation, des stages, des visites etconférences pourront être proposées. Aujourd’hui, nous constatons que le public qui assiste aux visites en période de floraison vient parfois de loin et ne doutons pas qu’avec un outil plus adapté, le jardin renforcera son attractivité.

L’axe second sera le tourisme dit grand public. Les visites gratuites qui se succèdent pendant la période floraison attirent plusieurs centaines de personnes. Les actions de labellisation et de communication prévues permettront au jardin d’être mieux promu et connu et donc de connaitre une fréquentation accrue. Une participation financière du public accueilli pourra être envisagée.

La conception de produits promotionnels est envisagée : livret pédagogique, souvenirs et objets publicitaires. Ceux-ci pourraient être vendus sur le site lors des visites et à l’office de tourisme.

Les trois années de mise en œuvre du projet seront aussi l’occasion de tisser des liens avec des partenaires institutionnels, associatifs, universitaires, scientifiques susceptibles d’apporter un soutien moral mais aussi financier à l’issue du projet.

Du sponsoring ou des appels de dons sur des plateformes de financement participatif sont également envisagés sur des actions ciblées.

Une autre piste, génératrice de recettes, concernant la valorisation de matériel végétal paraît également prometteuse. Les néotulipes alpines étant protégées par arrêté ministériel, sauf dérogation spécifique il n’est pas possible de commercialiser les bulbes multipliés dans le jardin botanique de Guillestre. Par contre, d’autres produits pourraient être valorisés au niveau commercial, comme les bulbes de certaines tulipes botaniques présentées et multipliés dans le jardin, ainsi que le safran (Crocus sativus). Cette dernière espèce présente en effet de multiples convergences avec les néotulipes alpines :

      • même origine (bassin méditerranéen oriental, Moyen Orient, Asie Mineure);
      • même histoire (introduit puis cultivé en Europe Occidentale depuis plusieurs siècles, de l’époque romaine, au Moyen Age et jusqu’au XIXème siècle);
      • mêmes exigences écologiques (climat à été chaud et sec, hiver froid, caractéristique aussi bien des régions d’origine de ces espèces que des vallées intra-alpines).

Outre leur intérêt historique et pédagogique, ces deux plantes présentent aussi un intérêt économique :

      • les néotulipes alpines sont les ancêtres de nombreuses variétés de tulipes horticoles modernes, et constituent de ce fait des espèces progénitrices de plantes cultivées à forte valeur économique.
      • le safran est connu pour ses propriétés gustatives en tant qu’épice, mais aussi pour ces nombreuses propriétés médicinales (notamment antioxydantes et anticancéreuses, attestées par les recherches en cours en particulier dans les traitements des leucémies).

Une culture expérimentale de safran est en cours depuis 4 ans dans le jardin créé par la Maison de la Nature à Guillestre.

Les premières plantations effectuées en septembre 2017 (644 bulbes) ont donné 462 fleurs en octobre de la même année, et 1466 fleurs la seconde année (soit un taux de multiplication de 3,2). Tous les bulbes ont été arrachés en juin 2019, nettoyés, triés et calibrés (en 7 catégories de tailles croissantes), puis replantés en septembre 2019 (4267 bulbes au total, soit un coefficient de multiplication de 6,6 par rapport à la plantation initiale de 2017). La floraison d’octobre 2019 a atteint le même niveau qu’en 2018 (1467 fleurs, la majorité des bulbes plantés n’ayant pas encore atteint la calibre suffisant pour fleurir l’année de plantation). En 2020, la floraison s’est élevée à 9831 fleurs, soit un taux de multiplication de 6,7 par rapport à l’année précédente. En 2021, la floraison a atteint 15229 fleurs, soit une progression d’environ 55% par rapport à 2020.

Toutes les étapes de la production de l’épice ont été réalisées (récolte des fleurs, émondage, séchage des stigmates et stockage en vue de futurs essais de commercialisation). Ces premiers résultats montrent que les conditions locales sont favorables à cette espèce. Il semble donc possible de développer une activité de production de safran à finalité économique pouvant venir en soutien des actions de conservation des tulipes alpines, sous réserve d’une étude de marché préalable intégrant l’ensemble des contraintes liées à la production agricole et aux exigences de conservation du patrimoine botanique.

Aussi, parallèlement au projet du jardin des tulipes et de la biodiversité du Guillestrois, il est envisagé d’effectuer une étude de faisabilité avec pour objectif la création d’une entreprise locale dédiée au safran (entreprise qui pourrait alors être partenaire financier au sein de la future structure gestionnaire du jardin décrite dans l’axe 2 ci-dessus). A noter aussi qu’une telle entreprise présenterait un intérêt socio-économique particulièrement adapté au contexte local (la culture du safran présente un caractère saisonnier très marqué, avec un fort besoin de main d’œuvre au printemps et à l’automne, qui s’articule particulièrement bien avec les périodes de forte activité économique hivernale et estivale). Malgré tout, les recettes envisagées risquent de ne pas couvrir l’intégralité des besoins. La commune, par sa mobilisation et son engagement sur ce projet a démontré son attachement à la tulipe de Guillestre et restera sans doute impliquée dans la continuité de ce projet d’intérêt général.

Labellisation Conservatoire des Collections Végétales Spécialisées (CCVS)

Le montage du dossier de labellisation Conservatoire des Collections Végétales Spécialisées (CCVS) de la collection de tulipes botaniques (endémiques alpines et autres tulipes sauvages) est programmé pour l’année 3. Rappelons que la labellisation du CCVS est accordée sur la base d’une charte nationale aux grandes collections végétales à vocation botanique ou horticole. Elle dispose de deux niveaux de reconnaissance : collection nationale, lorsqu’il s’agit d’une collection d’intérêt national qui a satisfait à des critères d’excellence lors de son évaluation (elle doit notamment, par sa composition, être largement représentative du thème choisi), et collection agréée, lorsque la collection doit encore s’enrichir par rapport au thème choisi, ou dont certains éléments relatifs à son mode de culture, sa gestion ou sa pérennité sont encore insuffisants pour obtenir le label Collection Nationale CCVS.).

Dossier de labellisation Jardin remarquable

Le montage du dossier de labellisation Jardin remarquable est également programmé pour l’année 3. Mis en place en 2004, le label Jardin remarquable distingue des jardins et des parcs, présentant un intérêt culturel, esthétique, historique ou botanique, qu’ils soient publics ou privés. Ce label de qualité est attribué par le ministère de la Culture pour une durée de 5 ans renouvelable. Il répond à des critères d’exigence et de qualité sur la composition (organisation des espaces), l’intégration dans le site et la qualité des abords, les éléments remarquables (eau, fabriques, architectures végétales…), l’intérêt botanique, l’intérêt historique, l’accueil des publics et l’entretien dans le respect de la qualité environnementale. Il tient compte de la diversité des parcs et jardins et peut concerner des jardins petits ou étendus, historiques ou contemporains et de tous les styles.). Un partenariat sera recherché avec le jardin historique de Mont-Dauphin.

Communication (accueil, information, sensibilisation)

Recherche bibliographique sur l’histoire du site et des tulipes

Les recherches bibliographiques ont pour objectifs de mieux connaître l’histoire du site du jardin, ainsi que l’histoire des néotulipes alpines, et en particulier de la tulipe de Guillestre. Plusieurs sources sont sollicitées : archives départementales et communales, bibliothèques et centres documentaires spécialisés, Internet, etc. Les résultats de ces travaux sont valorisés auprès du public, lors des visites guidées du jardin proposées chaque printemps durant la floraison des tulipes, ainsi que lors des cycles de conférences saisonnières portant sur le patrimoine naturel et culturel local. Ils seront poursuivis en 2021, et feront l’objet d’une vulgarisation par l’intermédiaire de plusieurs médias (site Internet dédié au jardin, livret, exposition et signalétique sur site, etc.).

Quelques exemples de documents d’archives rassemblés lors de ces recherches sont : extraits du cadastre de Guillestre de 1698 et 1830, extrait de la carte de Villeneuve datée de 1692, document où figure le plan des fortifications et du château de Guillestre, ainsi que le colombier encore présent de nos jour sur le site du jardin, extrait du Diagnostic AVAP de 2017 concernant le site de l’ancien château.

Visites guidées du jardin

Les visites guidées du jardin de la Maison de la Nature permettent au public de découvrir les tulipes sauvages en général, et la tulipe de Guillestre en particulier, et de sensibiliser les enfants et les adultes aux notions de biodiversité et de conservation d’espèces patrimoniales. Chaque année, environ 300 à 500 personnes visitent le jardin au moment de la floraison (avril-mai) ou assistent à des conférences sur les tulipes sauvages et le patrimoine floristique des Hautes-Alpes. Le public concerné comprend aussi bien les locaux (dont les écoles, les maisons de retraite) que les touristes, ainsi que de nombreux botanistes, scientifiques ou horticulteurs spécialisés.

Photo ci-dessous : cliquez pour agrandir.

17 visites commentées du jardin de Guillestre ont été proposées au cours du printemps 2019. Chaque visite dure environ 2 heures, et se déroule en fin de matinée afin que les visiteurs puissent assister à l’ouverture des fleurs qui s’effectue à ce moment sous l’influence du soleil. Les conditions météorologiques influencent aussi le niveau de fréquentation.

En 2020 et 2021, en raison des confinements sanitaires liés à l’épidémie CODID-19, les visites du jardin n’ont pu avoir lieu. Elles reprendront en 2022.

Conférences et autres actions d’information et de sensibilisation du public

3 conférences (une sur les tulipes sauvages, deux sur la flore patrimoniales du Guillestrois) ont été proposées au cours du printemps et de l’été 2019 (affiches en annexe). Une conférence sur les tulipes sauvages et la flore patrimoniale conservée au jardin de Guillestre a également été présentée lors des journées du patrimoine de septembre 2020.

La diffusion de l’information concernant les visites du jardin et les conférences a été effectuée par Internet, ainsi que dans les médias (Dauphiné Libéré, France 3, D’IciTV, la RAM, etc.) et les offices du tourisme.

Quelques reportages diffusés sur les ondes en 2019 :

En 2020 et 2021, des informations concernant le jardin des tulipes et le programme POIA ont également été diffusées dans la revue municipale ainsi que sur les sites Internet de la Mairie de Guillestre et de la Maison de la Nature du Guillestrois. Ces informations seront complétées et actualisées chaque année.

Conclusion

Les actions conduites dans le cadre du programme 2019-2022 piloté par la Commune de Guillestre constituent une étape importante du développement du jardin des tulipes et de la biodiversité du Guillestrois pour renforcer les actions de conservation et de valorisation engagées par la Maison de la Nature depuis 1997.

Entre 2013, et février 2022, plus de 20 000 heures de travail ont été consacrées. Sur l’ensemble de la période, le volume horaire consacré au projet 50% bénévole, pour 50% d’activité salariée.

Le calendrier mensuel des activités est marqué par une forte saisonnalité; les opérations de suivi et d’entretien des plantations dominent au printemps et en début d’été, celles concernant la gestion des bulbes commencent en mai (repérage et arrachage des plantes virosées), se poursuivent en début d’été (arrachage, tri, stockage des plantes saines) et reprennent en novembre (plantations), les travaux d’aménagement se déroulent principalement à l’automne, l’accueil du public a lieu lors des floraisons printanières.

Cette distribution des activités peut varier d’une année sur l’autre en fonction des conditions météorologiques, de l’état phytosanitaire des plantations, ou des programmes annuels d’aménagement envisagés. A partir de 2023, l’accueil du public sera progressivement étendu du printemps jusqu’à l’automne, tandis que les travaux d’entretien des plantations, de suivi et de gestion des collections botaniques, seront en forte croissance du fait de l’agrandissement des surfaces cultivées.

Le partenariat engagé entre la Commune et la Maison de la Nature doit permettre de répondre à ces multiples enjeux afin d’assurer la pérennisation du jardin des tulipes et de la biodiversité du Guillestrois.